Le Lay résout l'équation du football

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Le Lay résout l'équation du football

Message  Sly Bug le Jeu 24 Fév 2011 - 11:21

24 février 2011 - lemonde.fr

Le Lay résout l’équation du football

Cette déclaration, qui est passée un peu inaperçue lorsqu’elle a été rapportée dans L’Express du 5 janvier, nous avait échappé en dépit de sa portée scientifique et historique. Il n’a en effet fallu à Patrick Le Lay que neuf mois de présidence du Stade Rennais - le temps d’une gestation - pour résoudre l’équation économico-sportive du football. On pouvait légitiment attendre de l’ex-patron de TF1 qu’il sache rendre simple des phénomènes complexes par la grâce d’une vision teintée de libéralisme décomplexé, mais sa formule force tout de même l’admiration.

“L’économie du football est d’une simplicité biblique. Pour être champion de France, il faut que l’entreprise de spectacle que vous dirigez tienne simplement sa part de marché. C’est-à-dire marque entre 68 et 75 buts par saison. À raison d’un investissement d’un million d’euros par but, vous êtes condamné, pour demeurer leader du championnat en fin de parcours, à disposer d’un budget annuel avoisinant 70 millions d’euros. Ce qui est le cas de Marseille ou de Lyon. Avec mes 50 millions d’euros de budget, je sais ainsi où je serai à la fin de la saison.”

THÉORIE DES MILLIONS

De prime abord, on pourrait s’indigner de cette vision cynique, nourrie de vulgate d’école de commerce et qui exclut toute dimension sportive pour consacrer la dissolution du football dans le business. On peut aussi relever les approximations (les budgets de l’OM et de l’OL avoisinent en réalité 150 millions d’euros cette saison) et les incohérences du raisonnement. Un nombre de buts ne garantit pas d’être champion: il faut aussi prendre en compte la capacité à ne pas en encaisser, et considérer les performances des concurrents. Ainsi, Patrick Le Lay ne dit pas qui de Marseille ou de Lyon va être champion. D’ailleurs, dans la logique de l’économie des clubs, remporter le titre est moins important que terminer dans les trois premières places qualificatives pour la lucrative Ligue des champions (lire “Les vrais vainqueurs de la Ligue des champions “). Enfin, la relation de cause à effet entre les millions investis et les buts marqués est perturbée par une quantité de variables, comme l’efficacité des buteurs recrutés.

Sur le fond, la formule de l’ami de François Pinault (actionnaire majoritaire du Stade Rennais) est pourtant assez juste, en ce qu’elle entérine une réalité: l’indexation croissante des résultats sportifs des clubs à leur puissance financière, conséquence logique de plusieurs décennies de libéralisation et d’inflation exponentielle des ressources… celles-ci étant réparties de manière de plus en plus inégalitaire (lire “Le Mondial, jackpot pour les gros clubs“).


LA POSSIBILITÉ D’UN EXPLOIT

Le discours de Patrick Le Lay est toutefois un peu anachronique, tant il nous ramène à l’époque (fin Denisot - début Jean-Michel Aulas) où le slogan des néolibéraux du football était “Les clubs sont des entreprises comme les autres”. Plus personne ne conteste que les clubs sont des entreprises, mais d’évidence elles restent des entreprises très différentes des autres. Ainsi, malgré cette corrélation de plus en plus étroite entre les performances sportives et le niveau des ressources économiques, le facteur sportif n’a pas encore été annihilé. Un projet sportif intelligent, un recrutement judicieux, une formation efficace, une gouvernance saine permettent de déjouer efficacement le seul déterminisme économique. Le président rennais peut constater que les Girondins de Bordeaux ont été champions en 2009 avec un budget pas considérablement plus élevé que celui du SRFC… et qu’aux deux tiers du championnat de France, son équipe est actuellement deuxième. Pour que son théorème se vérifie, doit-il souhaiter qu’elle régresse, plutôt que de veiller à préserver la possibilité d’un exploit?

Le problème est que l’idéologie économiste en vogue charrie un fatalisme incitant à abandonner le goût de l’exploit et du renversement de l’ordre établi qui a pourtant toujours caractérisé le football. À l’image d’un Jean-Michel Aulas qui vise la Ligue des champions tout en serinant que son club n’en a pas les moyens, on dirait qu’il faut absolument ratifier la hiérarchie des budgets. Pour remporter des titres, il faut pourtant commencer par avoir la capacité de rêver qu’on les remporte. C’est-à-dire avoir un peu plus d’imagination qu’une formule de mathématiques (trop) élémentaires.
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